Citation d’un autre temps… Vraiment ?

22 11 2013

« Solitude de l’examen de conscience où germaient les premières résolutions. Solitude de l’homme au sein des premières résolutions.

Solitude de l’impuissance, solitude dans la recherche du point où pourrait s’appuyer le levier de l’action. […]

Mais solitude aussi dans la vie quotidienne et bornée, car chaque matin il fallait partir pour l’usine, le bureau , le champ, à la conquête de la maigre subsistance de la tribu, alors que le monde entrait en agonie et que tout était remis en question. »
Alban Vistel, été 1940 – « Héritage Spirituel de la Résistance ».
Extrait de « Résister – Les archives intimes des combattants de l’ombre »,  de Guillaume Piketty.

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ET MAINTENANT, QU’EST-CE QU’ON FAIT ?

8 11 2013

Pourrait aussi s’appeler « Réflexions sur l’engagement inspirées par un article du blog de Paul Jorion« , mais ça fait un peu long…

En tout cas, voilà une question qui, avec ses variantes (“qu’est-ce qu’il faudrait faire”, “qu’est-ce qu’on peut faire”…) vient immanquablement ponctuer la phase “questions / réponses” d’un exposé destiné à éclairer le fonctionnement du monde tel que les médias mainstream le montrent rarement (exposé économique, politique, environnemental, financier, ou tout à la fois car, ma bonne dame, ces choses-là sont plus souvent qu’on ne croit intimement liées!).

  Intéressante question, il est vrai, qui mérite certainement un effort de décryptage et d’analyse…

Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?” : nous voilà situés clairement dans le présent le plus abrupt, c’est à dire au point frontière entre une série d’événements passés (au hasard, crise environnementale, économique, politique…), et un avenir dont le cours le plus probable ne semblant pas le plus souhaitable, doit donc faire l’objet d’urgentes actions rectificatrices.

“Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?” : on sent là un besoin d’action, mais un besoin qui ne connaît pas de moyen d’expression, et se trouve donc à l’état de potentiel inutilisé. Enfin, l’usage du pronom indéfini “on” est probablement significatif, mais de quoi ? Vraisemblablement, il semble désigner un groupe aux contours flous, mais auquel le questionneur se sent associé. On y voit aussi le vœu dudit questionneur de recevoir de ce même “on”, faisant cette fois office d’autorité supérieure, des directives lui indiquant explicitement quelle partition jouer, dans un plan a priori important, pour ne pas dire grandiose, mais dont il ne percevrait pas forcément la fin, et pas du tout les moyens.

 Bref, général Jorion, colonels Leclerc, Leis, Arness, Maklès, Favret-Saada, Zébu, Sarton du Jonchay, Un Belge… (que les oubliés me pardonnent !), vous disposez là d’une armée de volontaires prête à vous suivre aveuglément vers des lendemains d’action et des surlendemains qui, forcément, chantent…

Autrement dit, “¡Hasta la victoria siempre !”, bille en tête et tous phares éteints !

Mais justement, pour aller vers quelle victoire ?

 L’historien V.D. Hanson a théorisé sur un “modèle occidental de la guerre”, axé sur une obsession de la bataille décisive, qui serait d’après lui héritée des conflits, brefs et violents, entre cités de la Grèce Classique. Si la filiation est douteuse, ce concept semble bel et bien avoir été le désastreux Graal de bien des stratèges occidentaux :

  • Hannibal, s’enlisant en Italie à trop vouloir rééditer son exploit de Cannes, face à des romains optant désormais pour une stratégie périphérique.

  • Napoléon, qui toujours préféra la violence à la diplomatie, sans réaliser que chaque campagne victorieuse ne semait que la ruine et le ressentiment qui engendreraient la prochaine coalition de nations européennes.

  • Ces généraux de 14-18, français en particulier, adeptes de l’offensive à outrance vers la percée décisive, qui ne parvinrent qu’a décimer glorieusement une génération d’hommes.

  • Les nazis, qui ne comprirent (heureusement !) jamais qu’une victoire militaire n’est rien sans victoire politique, et, au nom d’une prétendue hiérarchie des races, s’aliénèrent des populations slaves pourtant prêtes à se retourner contre la brutalité stalinienne.

  • George W. Bush, qui estima avoir fait du monde un endroit meilleur, en expulsant de Kaboul les talibans, et en renversant Saddam Hussein.

  • Liste non exhaustive…

Œuvre d’un unique auteur ou d’un collectif, l’Art de la Guerre, attribué au légendaire Sun Tzu, est le reflet le plus connu d’une pensée stratégique orientale bien différente, axée sur l’obtention d’une victoire durable et à moindre coût (Source Wikipedia) :

  • « Soumettre l’ennemi par la force n’est pas le summum de l’art de la guerre, le summum de cet art est de soumettre l’ennemi sans verser une seule goutte de sang. »

  • « La guerre est semblable au feu, lorsqu’elle se prolonge elle met en péril ceux qui l’ont provoquée. »

On notera au passage que si le monde des affaires semble avoir parfaitement assimilé le premier de ces préceptes, il a vraisemblablement négligé le second…

Brassens, à sa manière poétique et provocatrice, ne pousse-t-il pas le concept à sa limite dans “Les Deux Oncles” ?

“[…]

Qu’au lieu de mettre en joue quelque vague ennemi

Mieux vaut attendre un peu qu’on le change en ami

[…]”

Enfin, si on me demandais mon avis sur le sujet (ça n’est pas le cas? Tant pis!), je dirais qu’une vraie victoire serait de parvenir à créer un monde :

  • Durable (sinon, à quoi bon ?),

  • Visant à offrir à chaque être humain l’opportunité d’un bonheur qui ne s’exercerait ni au dépens de ses semblables, ni à celui du reste de la biosphère.

  • Et puis c’est tout, car pourquoi s’encombrer, à ce stade, des détails d’une utopie dont l’élaboration, la nature humaine étant ce qu’elle est, serait probablement source de divisions et de dispersion des énergies ?

Évidemment, une fois la fin définie, il faut s’intéresser aux moyens, dont la plupart sont déjà connus, à défaut d’être mis en œuvre… D’ailleurs, le propos, ici, n’est pas tant de débattre de ces moyens, que de l’engagement nécessaire pour commencer à concrétiser un demain meilleur…

Sachant que face à une menace, les animaux adoptent invariablement un des trois grands types de réponses que sont :

  • La soumission,

  • La fuite

  • La lutte,

Sachant que je suis bel et bien un animal : quelle sera ma réaction face aux menaces planétaires ?

La soumission : après tout, j’ai une maison, un  travail pas trop mal payé, avec peut-être encore quelques possibilités d’avancement et d’augmentation, pour peu que je manœuvre finement. J’ai aussi assez de moyens pour pouvoir offrir quelques loisirs à ma famille, quelques petites économies… Bref, avec un peu d’habileté, je devrais bien pouvoir garder ma tribu à l’abri jusqu’à ce que ça aille mieux, non ?

La fuite : J’ai une maison, un travail, etc… Et je me sens impuissant face aux forces qui modèlent ce monde, alors je préfère vivre mes passions, être un héros de jeux video, collectionner les timbres, courir le marathon, m’abrutir de séries TV, etc. Si ça s’améliore un jour, tant mieux! Sinon, je me ferai sauter le caisson, après avoir envoyé ceux que j’aime dans un monde que j’espère meilleur.

La lutte : J’ai une maison, un travail, etc… Et je me sens presque impuissant face aux forces qui modèlent ce monde. Pourtant quelque chose raisonne en moi en moi, quand je vois “Fight Club” ou “V pour Vendetta”, quand je lis Stéphane Hessel ou Paul Jorion, quand j’écoute les Clash ou Rage Against the Machine… Quelque chose remue quand je pense à mes enfants et à la vie que j’aurai contribué à leur offrir. Quelque chose me dit que, même si c’est avec autant d’espoir que les derniers grecs aux Thermopyles, il est impératif de faire face.

Donc, en tant qu’auteur de ces lignes, quel sera mon choix ?

La lutte, évidemment !!! Pas à l’issue d’une démarche rationnelle m’ayant conduit à une conclusion logique, vraisemblablement… Plutôt pour ces raisons tellement profondes que je serais incapable de les expliquer (100% innées et 100% acquises comme l’aurait dit Albert Jacquard ?); ces mêmes raisons qui m’ont conduit à m’opposer systématiquement aux caïds des cours de récréation, m’ont empêché d’adhérer aux vérités révélées (“Dieu est amour”, “Les actions, ça monte toujours”, etc…), et m’ont poussé à admirer les combattants de causes désespérées, de Marathon à Notre-Dame-Des-Landes.

La lutte donc, pas vraiment par choix, plutôt par instinct animal, par nature…

La lutte enfin, tout simplement parce que c’est autrement plus exaltant que la soumission à l’ordre établi.

Ceci étant établi, il devient pertinent de démarrer le questionnement sur la démarche à suivre, pour, tel le colibri de Pierre Rabhi, faire ma part. Mais justement, quelle serait la bonne question ?

“Et maintenant, qu’est-ce qu’ON fait ?”

Est-il vraiment judicieux de déléguer ce questionnement à une autorité, faisant ainsi l’économie d’une réflexion personnelle, voire se dédouanant ainsi de sa propre inactivité ?
Non, décidément, je suis allergique à cette passivité moutonnière. Certes, on ne changera pas le monde par des actions individuelles isolées. Mais on le ferait certainement repartir sur de très mauvaises bases, en plaçant d’emblée le cadre de nos actions sous le signe de la soumission.

Donc il semble qu’une meilleure question s’adresserait à soi-même, plutôt que d’être déléguée à une autorité, si respectable soit-elle :

“Et maintenant, qu’est-ce que JE fais ?”

Et là, seul devant le miroir, je me retrouve à jouer les auto-haruspices, interrogeant mes tripes pour y trouver au plus intime de moi-même les motivations, les actions présentes et futures, et déterminer le prix que je suis prêt à payer…

Le prix, d’abord, parce que, comme on dit souvent, “c’est là que ça coince”… Que faire, en effet, quand on est un honnête salarié-propriétaire-contribuable-père de famille de la classe moyenne, attentif au bien-être et à la sécurité de sa tribu, mais qui voudrait quand même pouvoir se consacrer un peu à sauver le monde ?

  • Réponse : même s’il est encore possible de ménager la chèvre et le chou, il est temps de se préparer à perdre en confort matériel, voire en sécurité.

Les motivations ?

  • Réponse : J’ai déjà parlé de goût de la lutte, c’est vrai, mais s’il n’y avait eu que cela, j’aurais aussi bien pu opter pour une carrière d’aventurier en uniforme… Justement, je préfère la diversité à l’uniformité, l’adhésion à l’obéissance, la créativité au drill, la réflexion à la croyance. Je ne pense pas que la liberté se limite à celle d’entreprendre. Je respecte les gens, mais pas l’argent. En l’absence d’une planète de rechange, je considère l’environnement comme une priorité absolue, sur les questions économiques et même sociales. Enfin, je n’aimerais pas quitter ce monde en le laissant pire que je l’ai trouvé, pour les générations futures.

Les actions, enfin ?

  • Le plus simple, le moins engageant, faire quelques dons, parfois assortis d’avantages fiscaux, à des ONG ou à des sites brassant des idées dans lesquelles je me reconnais

  • Le plus visible, militer dans une association qui s’est fait un nom dans la promotion de la taxation des transactions financières, avant d’élargir son propos, de se disperser, d’éclater… Y aller en essayant, modestement, de faire bouger un peu les choses, particulièrement en incitant des gens habitués à une routine militante, fonctionnant en circuit fermé, à aller s’aventurer en terrain non amical.

  • Moins visible, et moins simple, modifier son mode de vie et celui de sa famille, alors qu’on n’y est pas (encore) contraint, se pousser à consommer moins et mieux, à partager plus, alors que mon banquier me fait encore les yeux doux pour “financer mes projets”.

  • S’informer, encore et toujours, sur le vrai fonctionnement du monde, pour en affiner sa compréhension, pour être capable de la partager ensuite, au hasard de rencontres et de conversations, de préférence face à des interlocuteurs sceptiques, indifférents, voire inamicaux.

  • S’informer sur les possibilités d’un nouveau monde, pour trouver aussi des messages d’espoir à diffuser.

  • Lire et relire, voir  et revoir des témoignages de Résistants (Lucie et Raymond Aubrac, Daniel Cordier, René Char, Germaine Tillion, Jacques Yonnet, Joseph Kessel…), y trouver matière à inspiration et réflexion…

  • Etc…

Et après ?

  • Garder à l’esprit que ça risque un jour prochain de n’être pas suffisant.

  • Comme aurait dit Lao Tseu : “Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas”

  • Apprendre à ne pas redouter le chaos, mais à y voir un infini de potentialités.

  • P…n, ça ne va pas être simple, mais c’est tellement plus intense et moins désespérant que de vivre tête baissée !

Alors tout simplement,  comme disait Bob Marley :

“[…]

Get up, stand up: stand up for your rights!

Get up, stand up: don’t give up the fight!

[…]”





CAPITALISME, SCIENCE ET HUMANITÉ, Jacques Testart – Paul Jorion, à Morlaix, le 9 avril 2013 à 20h30

19 04 2013

Ça fait du bien d’entendre un message d’espoir, d’humanisme et de lutte, non ?
Avec pas mal de proposition pas dogmatiques mais intelligentes dedans…

A déguster en prenant son temps : c’est du lourd et c’est ici : http://www.pauljorion.com/blog/?p=51912

 





1983 – 2013 : joyeux anniversaire la Rigueur !

25 03 2013

Anniversaire : le 25 mars 1983, le PS cesse définitivement d’être de gauche pour se convertir à la rigueur et au libéralisme…

 

JA2 20H : EMISSION DU 25 MARS 1983 par ina





Une époque intéressante…

23 02 2013

Une époque intéressante?

  • Avec cette Crise?
  • Cette économie gangrénée par la finance ?
  • Quand l’environnement est sacrifié au culte de la croissance et du profit?
  • Quand on divise le peuple pour éviter qu’il ne s’unisse contre ses véritables ennemis?
  • Quand le pouvoir issu du vote populaire s’inféode sans réserve aux puissances de l’argent?
  • Quand on instille la peur de l’Autre pour s’attaquer aux libertés fondamentales, toujours au prétexte de la sécurité des honnêtes gens ?

Oui sans réserve, car toutes les générations n’ont pas l’opportunité de vivre en direct la fin d’une époque, et (avec un peu de chance), le début d’une autre !

Il est sans sous difficile, car très déstabilisant, de l’admettre, mais à travers une actualité socio-économique qui ne nous parle que d’efforts nécessaires pour retrouver le chemin de la croissance, se dissimule une vérité fondamentale : l’agonie de ce  capitalisme financiarisé et opaque qui fait le bonheur de tous les nantis de la planète, de l’investisseur occidental au cheikh du Golfe, en passant par l’apparatchik mafieux russe, le haut fonctionnaire businessman chinois, ou le narcotrafiquant mexicain.

Car la fête semble bien se terminer, où le potentiel de la croissance, et les possibilités d’enrichissement qui allait avec, semblaient infinis. Les peuples et la terre même montrent des signes d’épuisement, après avoir été tant mis à contribution, pour alimenter la machine infernale à concentrer la richesse.

Et si la machine infernale se grippe, il va falloir penser à autre chose, mais quoi ?

Ceux nous gouvernent semblent avant tout motivés par la perpétuation d’un ordre établi, pour leur plus grand bénéfice à court terme, et celui des riches qui détiennent le vrai pouvoir. Il longtemps réussi à obtenir le consentement des peuples en maniant savamment le bâton et la carotte, entre partage de miettes de prospérité et contrôle des libertés publiques et de l’information. Mais en même temps que les miettes de prospérité se font plus rares, Internet a sinon anéanti, du moins rendu beaucoup moins efficace le contrôle de l’information. Alors les capitalistes ont entrepris de réduire le rôle des états à la portion congrue du maintien de l’ordre, et tenté de s’approprier tout le reste pour en faire des sources de profits.
Et pour détourner le regard des citoyens, on a ressorti des tiroirs le vieil épouvantail d’avant la mondialisation : l’Autre. L’Autre, c’est le Pas-comme-nous-qui-menace-nos-emplois-notre-mode-de-vie-et-notre-foi. Suivant les pays, l’autre change de couleur de peau, d’origine, et de religion, évidemment, mais il est toujours aussi pratique comme bouc émissaire, surtout s’il est pauvre. En fait, l’Autre est toujours pauvre, sinon on l’appelle investisseur, voire bienfaiteur, quand il achète un club de foot ou reprend une société naguère prospère pour la pressurer avant de la vendre à la découpe… L’Autre est bien pratique, car il permet de réduire les libertés,  de mettre en place des outils de surveillance, de punir spectaculairement le petit voleur pour préserver la tranquillité du grand. Bref, l’Autre est bien indispensable pour garantir un ordre établi de plus en plus répressif.

Face à cela, pourrait-on imaginer un pire cauchemar pour nos puissants qu’une prise de conscience qui dirait enfin : l’Autre, c’est moi, et ce n’est pas lui mon ennemi ?

Donc, nous vivons bel et bien une époque intéressante: celle où nous devrons choisir entre la soumission à un ordre libéral qui prendra forcément un tour de plus en plus répressif, afin de garantir sa main-mise sur nos vies et continuer à piller impunément la planète, ou l’opportunité d’amener enfin l’humanité à un âge adulte où, ayant réalisé la finitude de son monde, elle se tourne enfin vers une solidarité globale, pour un futur moins consumériste, moins égoïste, et plus durable.

Ah ben oui, mais y a du boulot..!





Eva, victime collatérale ?

19 02 2013

Eva va mal.
Eva souffre d’une atrésie de l’œsophage, qui lui vaut de passer près de 20 jours par mois à l’hôpital.

Il n’y a pas officiellement de cause connue à sa maladie.

Pourtant, on a observé une possible corrélation avec une exposition du fœtus aux pesticides et herbicides, mais aucune étude statistique  significative n’a été menée pour établir cette corrélation.

Quand elle n’est pas hospitalisée, Eva vit à la campagne, près de vergers et de potagers.

Il se pourrait donc bien qu’Eva soit une victime collatérale du productivisme agro-alimentaire.

Mais il est peu probable qu’aucune enquête,  aucun procès n’établisse jamais la responsabilité de sa maladie.

Comme il s’agit d’une affection très rare, il ne s’agit pas d’une priorité de la recherche médicale.

Au bout du compte, peu de certitudes, peu de bonnes nouvelles, les souffrances d’une petite fille, et l’angoisse de ses parents.

Nouvelles et soutien sur le blog « Croque la vie Eva!! »

Quelques mots-clef de recherche pour s’informer sur l’atrésie de l’œsophage et ses causes possibles : atrésie œsophage glyphosate roundup herbicide





2013, ou les plus belles années de nos vies en une époque intéressante

30 01 2013

Pour cette année, et les suivantes, l’emplumé irascible vous souhaite de vivre :

Les plus belles années de vos vies, en une époque intéressante !

C’est que forcément, les « santé-bonheur-prospérité », « bonne et heureuse année » et autre vœux à l’utilité douteuse, manquent un peu de panache, pour ne pas dire d’inspiration, en ces temps de doute où « La Crise » assombrit l’avenir …

Pour être honnête, cette année, ce sont deux citations, importantes tant par leur contenu que par leur origine, que j’ai eu sans vergogne envie de télescoper :

C’était les plus belles années de ma vie !

Puissiez-vous vivre à une époque intéressante !

Pour comprendre la première, il faut savoir que l’année dernière, à la Toussaint, nous avons visité, en famille, le Mémorial de la Résistance en Vercors. Moments d’émotion et de questionnements, en particulier pour ma fille aînée, interpellée par le témoignage audio d’une résistante, infirmière dans la Grotte de la Luire puis déportée à Ravensbrück:

Cette vieille dame, qui, je crois, était Rosine Crémieux, décédée en septembre 2012,  racontait avec émotion les blessés, la peur, l’exécution évitée de peu, la déportation… Et concluait en déclarant que c’était les plus belles années de sa vie !

Sur la route du retour, ma fille nous avoue son incompréhension une déclaration aussi paradoxale. Alors il a fallu lui dire que oui, il y avait la violence, la peur, la souffrance, la mort, mais malgré tout ça, et en fait à cause de tout ça, il y avait dans l’épreuve la solidarité des héros anonymes, la certitude inébranlable dans la justesse du combat contre la barbarie, et probablement aussi, à un niveau plus intime, la griserie indépassable de la poussée d’adrénaline.

Ma fille sembla comprendre, même si la perspective de vivre pareilles épreuves ne lui sembla guère enviable…

Quant à la seconde (« Puissiez-vous vivre à une époque intéressante ! » ), je l’ai entendue le 16 ou 17 janvier dernier, dans la bouche de Zygmunt Baumann, interviewé par Daniel Mermet dans son émission « Là bas si j’y suis ». Il s’agit apparemment d’une très ancienne malédiction chinoise, adressée à un ennemi dont on souhaite voir la vie bouleversée… Venant d’un juif polonais, seul de sa famille à avoir échappé à l’Holocauste, et qui arriva à Berlin au printemps 1945 comme officier de l’Armée Rouge, la chose mérite réflexion. Ce très vieux monsieur, dont la vivacité et la lucidité ne semblent pas avoir été entamées par les ans, s’adressait ainsi aux générations qui allaient lui survivre, pour les inciter à ne pas baisser les bras, à n’abandonner à aucun prix la lutte pour un monde meilleur.

Ah, j’entends d’ici le brouhaha… Des « Il rêve d’une bonne guerre, le baby-boomer ? », des « Mais enfin, comment comparer notre époque, si civilisée, si pacifique, aux horreurs du siècle précédent ? », des « J’ai un boulot et une famille à nourrir, moi, alors prendre le maquis… Et contre quel ennemi, d’abord ? »…

Non, vous voulez vraiment une explication de texte ?!?

(A suivre, peut-être…)