ET MAINTENANT, QU’EST-CE QU’ON FAIT ?

8 11 2013

Pourrait aussi s’appeler « Réflexions sur l’engagement inspirées par un article du blog de Paul Jorion« , mais ça fait un peu long…

En tout cas, voilà une question qui, avec ses variantes (“qu’est-ce qu’il faudrait faire”, “qu’est-ce qu’on peut faire”…) vient immanquablement ponctuer la phase “questions / réponses” d’un exposé destiné à éclairer le fonctionnement du monde tel que les médias mainstream le montrent rarement (exposé économique, politique, environnemental, financier, ou tout à la fois car, ma bonne dame, ces choses-là sont plus souvent qu’on ne croit intimement liées!).

  Intéressante question, il est vrai, qui mérite certainement un effort de décryptage et d’analyse…

Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?” : nous voilà situés clairement dans le présent le plus abrupt, c’est à dire au point frontière entre une série d’événements passés (au hasard, crise environnementale, économique, politique…), et un avenir dont le cours le plus probable ne semblant pas le plus souhaitable, doit donc faire l’objet d’urgentes actions rectificatrices.

“Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?” : on sent là un besoin d’action, mais un besoin qui ne connaît pas de moyen d’expression, et se trouve donc à l’état de potentiel inutilisé. Enfin, l’usage du pronom indéfini “on” est probablement significatif, mais de quoi ? Vraisemblablement, il semble désigner un groupe aux contours flous, mais auquel le questionneur se sent associé. On y voit aussi le vœu dudit questionneur de recevoir de ce même “on”, faisant cette fois office d’autorité supérieure, des directives lui indiquant explicitement quelle partition jouer, dans un plan a priori important, pour ne pas dire grandiose, mais dont il ne percevrait pas forcément la fin, et pas du tout les moyens.

 Bref, général Jorion, colonels Leclerc, Leis, Arness, Maklès, Favret-Saada, Zébu, Sarton du Jonchay, Un Belge… (que les oubliés me pardonnent !), vous disposez là d’une armée de volontaires prête à vous suivre aveuglément vers des lendemains d’action et des surlendemains qui, forcément, chantent…

Autrement dit, “¡Hasta la victoria siempre !”, bille en tête et tous phares éteints !

Mais justement, pour aller vers quelle victoire ?

 L’historien V.D. Hanson a théorisé sur un “modèle occidental de la guerre”, axé sur une obsession de la bataille décisive, qui serait d’après lui héritée des conflits, brefs et violents, entre cités de la Grèce Classique. Si la filiation est douteuse, ce concept semble bel et bien avoir été le désastreux Graal de bien des stratèges occidentaux :

  • Hannibal, s’enlisant en Italie à trop vouloir rééditer son exploit de Cannes, face à des romains optant désormais pour une stratégie périphérique.

  • Napoléon, qui toujours préféra la violence à la diplomatie, sans réaliser que chaque campagne victorieuse ne semait que la ruine et le ressentiment qui engendreraient la prochaine coalition de nations européennes.

  • Ces généraux de 14-18, français en particulier, adeptes de l’offensive à outrance vers la percée décisive, qui ne parvinrent qu’a décimer glorieusement une génération d’hommes.

  • Les nazis, qui ne comprirent (heureusement !) jamais qu’une victoire militaire n’est rien sans victoire politique, et, au nom d’une prétendue hiérarchie des races, s’aliénèrent des populations slaves pourtant prêtes à se retourner contre la brutalité stalinienne.

  • George W. Bush, qui estima avoir fait du monde un endroit meilleur, en expulsant de Kaboul les talibans, et en renversant Saddam Hussein.

  • Liste non exhaustive…

Œuvre d’un unique auteur ou d’un collectif, l’Art de la Guerre, attribué au légendaire Sun Tzu, est le reflet le plus connu d’une pensée stratégique orientale bien différente, axée sur l’obtention d’une victoire durable et à moindre coût (Source Wikipedia) :

  • « Soumettre l’ennemi par la force n’est pas le summum de l’art de la guerre, le summum de cet art est de soumettre l’ennemi sans verser une seule goutte de sang. »

  • « La guerre est semblable au feu, lorsqu’elle se prolonge elle met en péril ceux qui l’ont provoquée. »

On notera au passage que si le monde des affaires semble avoir parfaitement assimilé le premier de ces préceptes, il a vraisemblablement négligé le second…

Brassens, à sa manière poétique et provocatrice, ne pousse-t-il pas le concept à sa limite dans “Les Deux Oncles” ?

“[…]

Qu’au lieu de mettre en joue quelque vague ennemi

Mieux vaut attendre un peu qu’on le change en ami

[…]”

Enfin, si on me demandais mon avis sur le sujet (ça n’est pas le cas? Tant pis!), je dirais qu’une vraie victoire serait de parvenir à créer un monde :

  • Durable (sinon, à quoi bon ?),

  • Visant à offrir à chaque être humain l’opportunité d’un bonheur qui ne s’exercerait ni au dépens de ses semblables, ni à celui du reste de la biosphère.

  • Et puis c’est tout, car pourquoi s’encombrer, à ce stade, des détails d’une utopie dont l’élaboration, la nature humaine étant ce qu’elle est, serait probablement source de divisions et de dispersion des énergies ?

Évidemment, une fois la fin définie, il faut s’intéresser aux moyens, dont la plupart sont déjà connus, à défaut d’être mis en œuvre… D’ailleurs, le propos, ici, n’est pas tant de débattre de ces moyens, que de l’engagement nécessaire pour commencer à concrétiser un demain meilleur…

Sachant que face à une menace, les animaux adoptent invariablement un des trois grands types de réponses que sont :

  • La soumission,

  • La fuite

  • La lutte,

Sachant que je suis bel et bien un animal : quelle sera ma réaction face aux menaces planétaires ?

La soumission : après tout, j’ai une maison, un  travail pas trop mal payé, avec peut-être encore quelques possibilités d’avancement et d’augmentation, pour peu que je manœuvre finement. J’ai aussi assez de moyens pour pouvoir offrir quelques loisirs à ma famille, quelques petites économies… Bref, avec un peu d’habileté, je devrais bien pouvoir garder ma tribu à l’abri jusqu’à ce que ça aille mieux, non ?

La fuite : J’ai une maison, un travail, etc… Et je me sens impuissant face aux forces qui modèlent ce monde, alors je préfère vivre mes passions, être un héros de jeux video, collectionner les timbres, courir le marathon, m’abrutir de séries TV, etc. Si ça s’améliore un jour, tant mieux! Sinon, je me ferai sauter le caisson, après avoir envoyé ceux que j’aime dans un monde que j’espère meilleur.

La lutte : J’ai une maison, un travail, etc… Et je me sens presque impuissant face aux forces qui modèlent ce monde. Pourtant quelque chose raisonne en moi en moi, quand je vois “Fight Club” ou “V pour Vendetta”, quand je lis Stéphane Hessel ou Paul Jorion, quand j’écoute les Clash ou Rage Against the Machine… Quelque chose remue quand je pense à mes enfants et à la vie que j’aurai contribué à leur offrir. Quelque chose me dit que, même si c’est avec autant d’espoir que les derniers grecs aux Thermopyles, il est impératif de faire face.

Donc, en tant qu’auteur de ces lignes, quel sera mon choix ?

La lutte, évidemment !!! Pas à l’issue d’une démarche rationnelle m’ayant conduit à une conclusion logique, vraisemblablement… Plutôt pour ces raisons tellement profondes que je serais incapable de les expliquer (100% innées et 100% acquises comme l’aurait dit Albert Jacquard ?); ces mêmes raisons qui m’ont conduit à m’opposer systématiquement aux caïds des cours de récréation, m’ont empêché d’adhérer aux vérités révélées (“Dieu est amour”, “Les actions, ça monte toujours”, etc…), et m’ont poussé à admirer les combattants de causes désespérées, de Marathon à Notre-Dame-Des-Landes.

La lutte donc, pas vraiment par choix, plutôt par instinct animal, par nature…

La lutte enfin, tout simplement parce que c’est autrement plus exaltant que la soumission à l’ordre établi.

Ceci étant établi, il devient pertinent de démarrer le questionnement sur la démarche à suivre, pour, tel le colibri de Pierre Rabhi, faire ma part. Mais justement, quelle serait la bonne question ?

“Et maintenant, qu’est-ce qu’ON fait ?”

Est-il vraiment judicieux de déléguer ce questionnement à une autorité, faisant ainsi l’économie d’une réflexion personnelle, voire se dédouanant ainsi de sa propre inactivité ?
Non, décidément, je suis allergique à cette passivité moutonnière. Certes, on ne changera pas le monde par des actions individuelles isolées. Mais on le ferait certainement repartir sur de très mauvaises bases, en plaçant d’emblée le cadre de nos actions sous le signe de la soumission.

Donc il semble qu’une meilleure question s’adresserait à soi-même, plutôt que d’être déléguée à une autorité, si respectable soit-elle :

“Et maintenant, qu’est-ce que JE fais ?”

Et là, seul devant le miroir, je me retrouve à jouer les auto-haruspices, interrogeant mes tripes pour y trouver au plus intime de moi-même les motivations, les actions présentes et futures, et déterminer le prix que je suis prêt à payer…

Le prix, d’abord, parce que, comme on dit souvent, “c’est là que ça coince”… Que faire, en effet, quand on est un honnête salarié-propriétaire-contribuable-père de famille de la classe moyenne, attentif au bien-être et à la sécurité de sa tribu, mais qui voudrait quand même pouvoir se consacrer un peu à sauver le monde ?

  • Réponse : même s’il est encore possible de ménager la chèvre et le chou, il est temps de se préparer à perdre en confort matériel, voire en sécurité.

Les motivations ?

  • Réponse : J’ai déjà parlé de goût de la lutte, c’est vrai, mais s’il n’y avait eu que cela, j’aurais aussi bien pu opter pour une carrière d’aventurier en uniforme… Justement, je préfère la diversité à l’uniformité, l’adhésion à l’obéissance, la créativité au drill, la réflexion à la croyance. Je ne pense pas que la liberté se limite à celle d’entreprendre. Je respecte les gens, mais pas l’argent. En l’absence d’une planète de rechange, je considère l’environnement comme une priorité absolue, sur les questions économiques et même sociales. Enfin, je n’aimerais pas quitter ce monde en le laissant pire que je l’ai trouvé, pour les générations futures.

Les actions, enfin ?

  • Le plus simple, le moins engageant, faire quelques dons, parfois assortis d’avantages fiscaux, à des ONG ou à des sites brassant des idées dans lesquelles je me reconnais

  • Le plus visible, militer dans une association qui s’est fait un nom dans la promotion de la taxation des transactions financières, avant d’élargir son propos, de se disperser, d’éclater… Y aller en essayant, modestement, de faire bouger un peu les choses, particulièrement en incitant des gens habitués à une routine militante, fonctionnant en circuit fermé, à aller s’aventurer en terrain non amical.

  • Moins visible, et moins simple, modifier son mode de vie et celui de sa famille, alors qu’on n’y est pas (encore) contraint, se pousser à consommer moins et mieux, à partager plus, alors que mon banquier me fait encore les yeux doux pour “financer mes projets”.

  • S’informer, encore et toujours, sur le vrai fonctionnement du monde, pour en affiner sa compréhension, pour être capable de la partager ensuite, au hasard de rencontres et de conversations, de préférence face à des interlocuteurs sceptiques, indifférents, voire inamicaux.

  • S’informer sur les possibilités d’un nouveau monde, pour trouver aussi des messages d’espoir à diffuser.

  • Lire et relire, voir  et revoir des témoignages de Résistants (Lucie et Raymond Aubrac, Daniel Cordier, René Char, Germaine Tillion, Jacques Yonnet, Joseph Kessel…), y trouver matière à inspiration et réflexion…

  • Etc…

Et après ?

  • Garder à l’esprit que ça risque un jour prochain de n’être pas suffisant.

  • Comme aurait dit Lao Tseu : “Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas”

  • Apprendre à ne pas redouter le chaos, mais à y voir un infini de potentialités.

  • P…n, ça ne va pas être simple, mais c’est tellement plus intense et moins désespérant que de vivre tête baissée !

Alors tout simplement,  comme disait Bob Marley :

“[…]

Get up, stand up: stand up for your rights!

Get up, stand up: don’t give up the fight!

[…]”





Une époque intéressante…

23 02 2013

Une époque intéressante?

  • Avec cette Crise?
  • Cette économie gangrénée par la finance ?
  • Quand l’environnement est sacrifié au culte de la croissance et du profit?
  • Quand on divise le peuple pour éviter qu’il ne s’unisse contre ses véritables ennemis?
  • Quand le pouvoir issu du vote populaire s’inféode sans réserve aux puissances de l’argent?
  • Quand on instille la peur de l’Autre pour s’attaquer aux libertés fondamentales, toujours au prétexte de la sécurité des honnêtes gens ?

Oui sans réserve, car toutes les générations n’ont pas l’opportunité de vivre en direct la fin d’une époque, et (avec un peu de chance), le début d’une autre !

Il est sans sous difficile, car très déstabilisant, de l’admettre, mais à travers une actualité socio-économique qui ne nous parle que d’efforts nécessaires pour retrouver le chemin de la croissance, se dissimule une vérité fondamentale : l’agonie de ce  capitalisme financiarisé et opaque qui fait le bonheur de tous les nantis de la planète, de l’investisseur occidental au cheikh du Golfe, en passant par l’apparatchik mafieux russe, le haut fonctionnaire businessman chinois, ou le narcotrafiquant mexicain.

Car la fête semble bien se terminer, où le potentiel de la croissance, et les possibilités d’enrichissement qui allait avec, semblaient infinis. Les peuples et la terre même montrent des signes d’épuisement, après avoir été tant mis à contribution, pour alimenter la machine infernale à concentrer la richesse.

Et si la machine infernale se grippe, il va falloir penser à autre chose, mais quoi ?

Ceux nous gouvernent semblent avant tout motivés par la perpétuation d’un ordre établi, pour leur plus grand bénéfice à court terme, et celui des riches qui détiennent le vrai pouvoir. Il longtemps réussi à obtenir le consentement des peuples en maniant savamment le bâton et la carotte, entre partage de miettes de prospérité et contrôle des libertés publiques et de l’information. Mais en même temps que les miettes de prospérité se font plus rares, Internet a sinon anéanti, du moins rendu beaucoup moins efficace le contrôle de l’information. Alors les capitalistes ont entrepris de réduire le rôle des états à la portion congrue du maintien de l’ordre, et tenté de s’approprier tout le reste pour en faire des sources de profits.
Et pour détourner le regard des citoyens, on a ressorti des tiroirs le vieil épouvantail d’avant la mondialisation : l’Autre. L’Autre, c’est le Pas-comme-nous-qui-menace-nos-emplois-notre-mode-de-vie-et-notre-foi. Suivant les pays, l’autre change de couleur de peau, d’origine, et de religion, évidemment, mais il est toujours aussi pratique comme bouc émissaire, surtout s’il est pauvre. En fait, l’Autre est toujours pauvre, sinon on l’appelle investisseur, voire bienfaiteur, quand il achète un club de foot ou reprend une société naguère prospère pour la pressurer avant de la vendre à la découpe… L’Autre est bien pratique, car il permet de réduire les libertés,  de mettre en place des outils de surveillance, de punir spectaculairement le petit voleur pour préserver la tranquillité du grand. Bref, l’Autre est bien indispensable pour garantir un ordre établi de plus en plus répressif.

Face à cela, pourrait-on imaginer un pire cauchemar pour nos puissants qu’une prise de conscience qui dirait enfin : l’Autre, c’est moi, et ce n’est pas lui mon ennemi ?

Donc, nous vivons bel et bien une époque intéressante: celle où nous devrons choisir entre la soumission à un ordre libéral qui prendra forcément un tour de plus en plus répressif, afin de garantir sa main-mise sur nos vies et continuer à piller impunément la planète, ou l’opportunité d’amener enfin l’humanité à un âge adulte où, ayant réalisé la finitude de son monde, elle se tourne enfin vers une solidarité globale, pour un futur moins consumériste, moins égoïste, et plus durable.

Ah ben oui, mais y a du boulot..!





Eva, victime collatérale ?

19 02 2013

Eva va mal.
Eva souffre d’une atrésie de l’œsophage, qui lui vaut de passer près de 20 jours par mois à l’hôpital.

Il n’y a pas officiellement de cause connue à sa maladie.

Pourtant, on a observé une possible corrélation avec une exposition du fœtus aux pesticides et herbicides, mais aucune étude statistique  significative n’a été menée pour établir cette corrélation.

Quand elle n’est pas hospitalisée, Eva vit à la campagne, près de vergers et de potagers.

Il se pourrait donc bien qu’Eva soit une victime collatérale du productivisme agro-alimentaire.

Mais il est peu probable qu’aucune enquête,  aucun procès n’établisse jamais la responsabilité de sa maladie.

Comme il s’agit d’une affection très rare, il ne s’agit pas d’une priorité de la recherche médicale.

Au bout du compte, peu de certitudes, peu de bonnes nouvelles, les souffrances d’une petite fille, et l’angoisse de ses parents.

Nouvelles et soutien sur le blog « Croque la vie Eva!! »

Quelques mots-clef de recherche pour s’informer sur l’atrésie de l’œsophage et ses causes possibles : atrésie œsophage glyphosate roundup herbicide





Nucléaire, Japon et pédagogie…

20 03 2011

Une vidéo expliquant aux enfants japonais l’accident de Fukushima. No comment…

 





Vœux 2011 d’un vieil apache, Épisode 3 – Indignation

12 01 2011

En cherchant bien, nous pouvons tous trouver, dans notre quotidien, des motifs réels et sincères d’indignation. Ainsi, donnons d’abord la parole à trois charmants jeunes gens, j’ai nommé Charles-Anselme, Vanessa, et Gronaz, alias le Fléau des Empires Barbares du Nord, alias Paul pour l’état-civil :

Charles-Anselme : « Personnellement, ce qui m’irrite au plus au point, ce sont ces lois, ces règlements, ces conventions, qui brident la créativité de l’élite de ce pays, et puis tous ces impôts sucent l’énergie de ses véritables forces vives !

Entre nous, avec Papa, nous ne manquons pas d’imagination pour ne pas trop souffrir de ces fléaux. Comme nous formons une équipe tout à fait dynamique et imaginative, nous avons eu l’idée de faire fabriquer nos produits par des orphelins de moins de 10 ans. Jusqu’à cet âge-là, ils ont une bonne vue et des petits doigts, c’est très pratique pour les travaux de précisions… et bien moins cher que des robots. Ne me regardez pas comme ça, on a fait ça en Chine évidemment… Ici, on appelle ça du servage, mais là-bas, c’est du dynamisme économique. Et puis comme à Paris, Maman faisait de l’eczéma, et moi de l’asthme, nous avons choisi de nous installer dans le canton de Zug, où l’air et la fiscalité son tellement plus sains ! J’ajouterai … »

=> MERCI Charles-Anselme ! Tes indignations méritent effectivement toute notre attention. Et comme je suis d’humeur pacifique, je n’accrocherai pas ton scalp à ma selle. D’autant que s’il fallait se conformer à la mode de ton pays d’origine, il apparaitrait plus judicieux de planter ta tête au bout d’une pique… Quoi qu’il en soit, je te conseillerai tout de même de porter un regard plus curieux et objectif sur ces hilotes qui constituent tout de même, 95 % de la population mondiale. Peut-être, alors, sera-t’il temps d’entamer un dialogue plus constructif.

 

Vanessa : « Alors moi, je suis trop trop dègue, parce que dans Secret Koala, Cindy elle a fait croire à ce con de Kevin que s’il arrivait à bouffer en lousdé la fricassée d’antennes de cafard de Yasmina, elle lui dirait tout, et alors pendant ce temps, ils ont même pas vu que Jonathan se tapait le phacochère, et puis… »

=> BREAK Vanessa ! Il y a effectivement de quoi être indigné, au moins contre tes parents, qui ont laissé la télé te sucer la cervelle, puis la remplacer par du concentré d’étron médiatique. Vanessa, ma jolie, laisse-moi t’offrir ce superbe modèle de télécommande. Ça s’appelle un tomahawk, et ça permet d’éteindre très facilement toutes ces merveilles technologiques qui t’entourent. On peut tout juste lui reprocher une efficacité assez limitée sur ces machins en papier, avec les mêmes caractères que sur ton i-Phone, l’écran tactile en moins… Tu en as entendu parler ? On appelle ça des livres…

 

Gronaz etc… alias Paul : « ‘Tain chuis trop trop vénere! Y ces trolls de coréens qui nous ont niqué la quête des reliques du seigneur-démon de Taaarh Tangl Alha Rekre. Une semaine de prépa, et mes renpas qui rentre après demain, alors que le respawn rate est de trois jours ! J’y crois pas !!!

=> CTRL-ALT-SUPPR Paul ! …Pardon, Gronaz !!! Ah , là tu réponds…Je sais que l’hygiène n’est pas forcément le point fort des héros de Waste-of-Time-Craft, mais il me semble que, soit tu collectionnes les coyotes morts, soit tu n’as pas pris de douche ni vu le monde extérieur depuis que tes parents t’ont laissé la maison, la connexion, et un plein congélo de pizzas surgelées. Ceci dit, je t’aime bien, alors rien que pour toi, je vais quand même révéler cheat de la mort, celui qui te permettra de leveller à donf en moins de temps qu’il n’en faut pour dire clic… C’est tout simple, tu fais « Alt-F4 », puis « Exécuter » (ou ce qui en tient lieu sur ta version de Microdaube Fenêtres ®), puis tu tapes « cmd », puis « Format C : », et tu réponds OK à toutes les questions…. Attends, il y a aussi des étapes manuelles à la procédure : D’abord tu te douches, ensuite tu nourris le matou efflanqué qui campe devant ta porte, et enfin tu invites ta voisine, cette petite Chloé que tu ne connais que par FesseDeBouc, à faire un tour sur ton scooter. Pour le ménage dans ta chambre, disons que ça pourra attendre un peu… Exécution !

 

Bien, nous ne nous attarderont pas plus longtemps sur les motifs d’indignation de ces trois sympathiques représentants de notre jeunesse…

 

Mais alors, y aurait-il des motifs d’indignation plus légitimes que d’autres ?

Vous avez peut-être entendu de l’opuscule de Stéphane Hessel intitulé « Indignez-vous ! » ?

Sinon, il est temps d’éteindre votre télé, et de commencer à vous informer vraiment…

Pour être honnête, c’est même ce petit bouquin d’un vieux résistant qui a inspiré les présents vœux au vieil indien…

 

Bon, vous commencez sans doute à voir où je veux en venir…

 

Je vais vous en donner, moi, des raisons de vous indigner :

  • Appréciez-vous le fait que la finance, dont le rôle se bornait à l’origine à huiler les rouages de l’économie, se soit muée en une gigantesque machine d’appropriation des richesses mondiales, au seul profit de ceux qui, précisément, en ont le moins besoin ?
  • Vous réjouissez-vous des conséquences de cette goinfrerie illimitée, à savoir :

    • Consumérisme effréné

    • Quasi-banqueroute des états, qui ont vidé leurs caisses pour sauver des établissements financiers. Lesquels leur ont ensuite re-prêté cet argent, avec intérêt. Et ne me dites pas que vous ne voyez pas qui paie ces intérêts ?
    • Injustice fiscale, qui voit les taux d’imposition des contribuables et entreprises les plus riches atteindre des niveaux inférieurs à ceux des classes moyennes, grâce à des mécanismes (le plus souvent légaux) d’optimisation fiscale. Le tout représentant évidemment un manque à gagner, répercuté sur les fonctions redistributives de l’état.
    • Asservissement des gouvernements au diktat des marchés financiers et des grandes entreprises.

    • Politiques de rigueur, accroissant encore les inégalités, « pour rassurer les marchés ».
    • Privatisation rampante et dégradation des services publics.

    • Destruction de l’environnement, justifiée par la seule recherche du profit à court terme.
    • Atteintes aux libertés des citoyens, officiellement au nom de la sécurité, mais en réalité pour limiter les possibilités de contestation, au moment où la tension sociale a tendance à croitre fortement.

 

  • Voyez-vous ces tendances au repli nationaliste, religieux, communautaire, et leur conséquences, avérées ou potentielles, d’un bon œil ?

    • Intolérance

    • Conflits

    • Exclusion

    • J’ajouterai émiettement de la contestation vers des causes illusoires, mais c’est personnel…

 

  • Savourez-vous l’attitude des formations politiques « de gouvernement » des grands pays démocratiques :

    • Soumission aux lobbies économiques

    • Vision limitée aux échéances électorales

    • Exacerbation des ambitions individuelles.

    • On gardera tout de même en mémoire la citation de Churchill : « La démocratie est le plus mauvais système de gouvernement, à l’exception de tous les autres qui ont pu être expérimentés dans l’histoire. ». Comme ce vieux bouledogue a encore raison, n’oubliez pas que la démocratie représente un rêve inaccessible dans bien des pays…

Voilà une liste déjà trop longue, et pourtant loin d’être exhaustive…

Alors, pour 2011, je vous souhaite de lever le nez du guidon, de regarder autour de vous, d’essayer de comprendre le monde tel qu’il est, et pas tel qu’on voudrait vous le montrer, et de vous INDIGNER au nom de la LIBERTE, de l’EGALITE et de la FRATERNITE !

PS : Je sais, vous avez probablement tellement vu ces trois mots sur les pièces de monnaie, les frontons d’édifice publics, les documents officiels… que vous en avez oublié qu’un jour, ils ont eu un sens.

Et une fois que l’indignation a atteint un niveau suffisant, arrive l’heure de la Révolte !





J’aimerais bien sauver le monde, mais comment ? Episode 7 – Saison 1

23 03 2010

Quand il se passe des choses importantes, il faut le faire savoir, et j’aimerais que le « Contre-Appel du 22 mars » de MM. Paul Jorion et François Leclerc se situe dans cette catégorie.

Suivant le principe des prophéties auto-réalisatrices, plus on en parlera, plus ça deviendra important, c’est pourquoi je me permets d’en reproduire ici le texte intégral :

Il y a eu le vote protestataire, où l’on n’accorde pas sa voix en faveur d’un parti mais contre un autre. Il y a eu le vote blanc ou le vote nul, où l’on déverse sur le bulletin la rage que l’on a au cœur. Il y a eu enfin l’abstention, quand le pire ennemi de mon pire ennemi m’est lui aussi devenu à ce point indifférent, que lui non plus ne mérite plus que je me dérange.

Comment en arrive-t-on là ? Quand dans son ensemble la classe politique parle d’un monde qui a cessé d’exister. Nous aimerions tant qu’un de ses membres dise en public – et non comme aujourd’hui en privé, dans le creux d’une oreille – « La machine est cassée ! » Mais non, on demande aux vieilles recettes de continuer à servir, non sur la foi de leurs succès passés mais par simple habitude. En changeant, dans le meilleur des cas, les proportions de divers ingrédients rassis, rancis, voire franchement frelatés. Le monde a changé et la classe politique poursuit imperturbablement le bavardage d’une conversation qui n’évoque plus que l’ancien temps.

Nous vivons une période que l’on peut sans emphase qualifier d’historique : le capitalisme meurt sous nos yeux et nous entraîne dans sa perte. Toute tentative de rafistolage du système épuisé ayant implosé devant nous, sera certainement douloureuse et plus que certainement, vaine. Une finance fondée sur des paris sur les fluctuations des prix s’est nourrie sur le corps affaibli d’un monde ayant cessé de compter sur la richesse pour vivre à crédit, et s’est – comme il était à prévoir – effondrée. Après un temps de latence, elle entraîne désormais à sa suite les États qui s’étaient portés à son secours. Les peuples sont appelés à régler l’addition : il n’est question que de plans de rigueur et de luttes contre les déficits publics ; la protection sociale conquise sur un siècle, n’aura pas duré davantage.

On parle encore avec emphase de croissance, porteuse d’abondance et chargée de tous les bienfaits, mais ceux ayant ces mots à la bouche savent qu’elle s’alimente depuis toujours à la gabegie d’une planète pillée sans répit. La recette en est de toute manière perdue. À la place, la précarité et le chômage progressent d’une marche inexorable : les emplois perdus, le sont à jamais.

Cette fin d’un monde qui s’est cru éternel exige des actes, dès aujourd’hui. Le manque d’imagination, le manque de courage ne sont plus de mise désormais. Si rien n’est fait – et l’encommissionnement est une forme du rien – il n’y aura plus bientôt ni planète viable pour notre espèce, ni économie qui ne soit simple rapt par la finance de toute richesse créée, ni même aucun revenus, car les nations vieillissent, et les vieillards qui occupent les postes s’y accrochent à mesure que fondent leurs retraites, monopolisant la ressource devenue rare qu’est le travail humain.

Quelle initiative alors prendre ?

L’ Appel du 22 mars annonça le Joli Mai et le dépoussiérage que celui-ci opéra d’une société en voie de fossilisation avancée. Mais rien ne sert de convoquer les symboles au titre de fleurs ou couronnes : la soupe refroidie n’est au goût de personne. Nul n’a le droit de les évoquer s’il n’est digne d’eux : à la hauteur aujourd’hui de ce qu’il furent en leur temps.

Il n’est question ici ni de nouveaux slogans, ni d’un nouveau parti : le cimetière des espérances déçues déborde de tous ces lendemains qui nous firent déchanter. Il s’agit au contraire de mettre en mots, en images et en actes, les prémices du monde nouveau qui se dessine à nos yeux. Toutes les mesures à prendre ne sont pas encore connues, certaines n’existent encore qu’à l’état d’ébauches à peine esquissées, mais qu’importe ! Le monde auquel nous aspirons est l’inverse de celui qui, petit à petit, s’est installé dans nos vies et pire encore, se trouve maintenant logé à demeure dans nos têtes. À l’égard de celui-ci, nous sommes déjà, au plus profond de nous-mêmes, des insoumis. C’est cette insoumission-même qui émerge aujourd’hui sous sa forme collective.

Le bourgeois a perdu son Dieu et l’a remplacé par l’argent. L’argent a tout envahi. Le « capital humain », un lobe de foie ou un rein, tout a désormais un prix : tout se vend, tout s’achète. On évoque aujourd’hui la « loi du marché » comme on parlait auparavant de la « gravité » : inscrites toutes deux désormais au même titre sur des tables d’airain. La plus grande richesse créée par les machines aurait dû signifier notre libération, mais aussitôt créée, elle se trouve confisquée et disparaît dans des comptes secrets.

Le temps n’est-il pas venu de désamorcer la machine infernale ? D’affirmer que le commerce humain n’est pas nécessairement celui de l’argent ? De faire advenir la solidarité là où la rivalité règne aujourd’hui en maître ? De promouvoir un double respect : celui des humains dans leur diversité, les uns vis-à-vis des autres, et celui d’eux tous réunis, envers la planète qui les accueille et leur dispense ses bienfaits ? « Penser global pour agir local » ont dit à juste titre, les écologistes. Le moment est venu d’agir aussi globalement : local et global, l’un ne va pas sans l’autre.

La démocratie se voit chaque jour un peu plus menacée par les manifestations d’un contrôle social envahissant. Les moyens qui s’offrent à nous pour la faire progresser, pour qu’elle s’approfondisse sur le plan politique et pour qu’elle s’instaure enfin au sein de l’économie, par le biais d’une constitution pour l’économie, définissent le monde nouveau qui pourrait être le nôtre.

Bien sûr, nous savons faire la part du rêve mais c’est pour mieux l’affirmer d’abord comme ce but auquel nous ne saurions renoncer. Nous nous inscrivons, de cette manière, dans la lignée de tous les résistants, « dissidents » de toutes les époques, dont on découvre plus tard qu’ils eurent raison d’avoir si longtemps tort, sans jamais renoncer.

Il y aura toujours de « prochaines élections », même s’il existe pour nous Dieu merci d’autres moyens d’exprimer nos espoirs. La manière optimale de les préparer – l’action politique sous son jour le meilleur – est de commencer par rêver à voix haute. Nous associons à notre rêverie partagée, un programme immédiat pour être sûrs qu’elle ne sera pas abandonnée aussitôt évoquée : les dix, cent, mille mesures qui devront être prises pour que les idées généreuses se traduisent en des réalités qui ne le seront pas moins. Ce catalogue, livre de doléances ou quel que soit le nom qu’on veuille bien lui donner, ne sera pas l’aboutissement de tractations entre partis, mais le produit d’une élaboration « apartidaire », fruit de la tenue d’États généraux, témoignage que les temps difficiles sont ceux où s’entend la voix des sans grade, guidés seulement par leur foi en la lumière et leur bonne volonté !

Paul Jorion et François Leclerc





J’aimerais bien sauver le monde, mais comment ? Episode 6 – Saison 1

23 03 2010

Un petit commentaire laissé sur le site de P. Jorion, après son intervention video de vendredi dernier :

Question difficile, « ce qu’il faut faire », surtout quand l’urgence peut couper court à la réflexion…

Surtout aussi quand fins et moyens ne sont pas clairement distingués, surtout quand on préfère traiter les symptômes des maux que leurs causes, et que les professionnels de la communication pratiquent avec art la confusion en ces domaines.

Serait-il envisageable de construire une approche descendante ?

Dans cette optique, je me suis souvenu récemment d’un outil appelé la « Pyramide des Besoins de Maslow » (http://fr.wikipedia.org/wiki/Pyramide_des_besoins_de_Maslow pour plus de détails).
L’instrument est l’objet de multiples controverses, hors-sujet ici, quant à son approche des besoins de l’individu.
Mais ne serait-il pas un outil fertile, si on tentait de l’appliquer non plus aux personnes, ni même aux sociétés humaines sous toutes leurs formes, mais à l’ensemble de la biosphère terrestre ?

1.Idée utopique probablement, mais assumée, dans cette époque qui s’interdit de rêver la réalité, il serait peut-être possible d’en déduire un projet de constitution mondiale ?

2.Des principes émis dans ce projet, déduire la base d’un corpus légal…

3.De l’écart entre ce corpus d’un côté, et les législations et pratiques existantes de l’autre, déduire les actions à entreprendre pour aboutir à la réduction de celui-ci…

4.Entreprendre effectivement ces actions…

Et voilà en quelques méta-boîtes méthodologiques, trop vides ou trop pleines, comment enfermer toute la complexité du monde et des transformations nécessaires.

Malgré tout, et en malgré particulier une longue expérience des contextes de projets (informatiques), du genre qui ôte pas mal d’illusions quant à la confrontation de la nature humaine et des approches méthodologiques, je me plais à croire que ce genre d’approche peut être féconde.

En fait, si un parti politique, ou un autre type de formation politique moins formelle (ça existe ?) était capable de me présenter une vision ainsi construite, tout en parvenant à se garder d’un dogmatisme obtus, je crois que je prendrais ma carte tout de suite !