Citation d’un autre temps… Vraiment ?

22 11 2013

« Solitude de l’examen de conscience où germaient les premières résolutions. Solitude de l’homme au sein des premières résolutions.

Solitude de l’impuissance, solitude dans la recherche du point où pourrait s’appuyer le levier de l’action. […]

Mais solitude aussi dans la vie quotidienne et bornée, car chaque matin il fallait partir pour l’usine, le bureau , le champ, à la conquête de la maigre subsistance de la tribu, alors que le monde entrait en agonie et que tout était remis en question. »
Alban Vistel, été 1940 – « Héritage Spirituel de la Résistance ».
Extrait de « Résister – Les archives intimes des combattants de l’ombre »,  de Guillaume Piketty.





Vœux 2011 d’un vieil apache, Épisode 5 – Rêve

1 02 2011

Génération quadra…

Je fais partie de la génération dont l’élite arrive aux affaires, avec sérieux, réalisme, début de presbytie physique, et grave myopie intellectuelle.

Une génération grandie dans les effluves de mai 68 et du mouvement hippie, dans les rêves naïfs du Flower Power et dans l’optimisme de ces Trentes Glorieuses dont nous ignorions vivre le crépuscule.

Puis, de crise du pétrole en avènement du libéralisme sous Reagan et Thatcher, du triomphe préfabriqué du disco à la rebellion nihiliste du punk, au lieu de paix et d’amour, nous avons rêvé de 103 SP et de chaîne Hi-Fi. Et au gré d’un printemps 1981 aux espoirs si vite déçus, nous sommes devenus la « Bof Génération », celle qui, passé un temps toléré de révolte adolescente, étudiait consciencieusement, pour se préserver de ce chômage qui anéantit si brillamment les conquêtes ouvrières des décennies précédentes.

Arrivés dans le monde du travail un peu avant l’apparition d’Internet, nous avons subi sans vraiment le comprendre l’implantation de l’idéologie néolibérale dans nos têtes et dans nos vies.

Nous avons vécu la chute du Mur de Berlin comme un grand moment de libération, sans saisir que nous assistions à l’avènement d’un monde unilatéral, au triomphe de la pensée unique, du mythe de la fin de l’histoire et de l’illusion de la croissance infinie.

Nous avons pris à son départ le train d’Internet, qui nous a permis d’arrondir nos fins de mois jouant les traders aux petits pieds, pour rembourser nos crédits, crédit-voiture, crédit-logement, crédit à la consommation, crédit pour rembourser nos crédits… Nous ne bronchions pas quand on nous disait qu’il n’y avait pas d’autre solution, que l’état état était un mal, que l’entreprise, la concurrence libre et non faussée, et la dérégulation étaient le bien.

Il y a bien eu quelques krachs boursiers, quelques catastrophes environnementales, un peu de désindustrialisation (pas grave, l’avenir des pays développés est dans le secteur tertiaire…), un peu de dérégulation, un peu plus de travail pour de moins en moins de travailleurs, un peu plus d’endettement (« l’endettement est une preuve de confiance dans l’économie » – N. Sarkozy).

Mais nous restions bien au chaud, dans les bulles de nos milieux respectifs, obnubilés par la gestion d’un quotidien de plus en plus complexe et rapide, inquiets de la menace terroriste et de ces hordes d’étrangers incapables de se fondre dans notre culture millénaire.

Des voix, loin des grands médias, tentaient bien de réveiller les confiance, mais elles ne trouvaient guère d’échos que dans une jeunesse boutonneuse ou chez des vieux babas cools en pré-retraite, mais nous sommes une génération trop sérieuse, moderne et occupée pour avoir le temps de prêter l’oreille à ces sornettes d’un autre siècle.

Le coup de tonnerre de 2008 a bien suscité espoirs et craintes, mais les manigances de la finance et les lois liberticides ont mis un éteignoir provisoire au mécontentement des peuples.

Et nous avons laissé faire cela… Nous y avons même participé inconsciemment.

 

Et maintenant ?

Nous, qui sommes la génération sans rêves, avons-nous engendré la génération sans espoir ?

Pour parler au singulier, je clamais, adolescent crypto-punk de la génération Mitterrand, qu’il ne fallait pas avoir d’enfant, pour ne pas leur offrir un avenir pourri.

En 2011, l’amour et l’instinct de reproduction ayant pris le pas sur les convictions nihilistes de l’adolescence, me voilà père de famille et heureux de l’être… Sauf que… Quel avenir ai-je contribué à leur préparer ?

Face aux incertitudes de l’avenir, nous semblons n’avoir plus de rêve, plus de vision exaltante à apporter.

De mon adolescence, je garde la nostalgie des fêtes du PS où mes parents m’emmenait dans les années d’avant mai 81. Nous croyions alors dur comme fer au « changement » (pour les jeunes lecteurs-rices, le changement était à Mitterrand ce que la rupture fut à Sarkozy…). Nous avions l’espérance d’un socialisme à la française qui concilierait le meilleur des deux blocs d’alors.

Évidemment, une fois passé quelques mois « d’état de grâce », la réalité de la rigueur et du libéralisme économique ont commencé à s’imposer…

Et nos enfants, qui n’ont même pas connu ces périodes d’enthousiasme collectif, que leur avons nous donné à la place ? Le consumérisme, la télé-réalité, World of Warcraft et les Sims, la techno et l’ecstasy, l’alcool et le haschich, le suicide et les antidépresseurs, le Front National et les intégrismes religieux, un futur de trader, de manager, ou de loser…

Paralysés par la théorie de la « fin de l’histoire », le discours du « seul choix possible », avons-nous le droit de ne leur laisser, pour seule perspective, que des paradis artificiels dont la médiocrité mercantile aurait certainement désespéré même Baudelaire ?

Pour revenir au singulier, j’ai cherché un peu de rêve, un peu d’utopie, un zeste d’enthousiasme entrainant dans la politique. J’ai rencontré quelques élus et militants de gauche, assisté à des réunions, consacré un peu de mon temps et de mes compétences à la réalisation d’un site web…

Et j’ai surtout été passablement déçu ! J’ai certes fait la connaissance de gens charmants, et certainement sincères dans leurs convictions, mais aussi ressenti l’impression diffuse que ça ne marchait tout simplement pas… Impression à vrai dire longue et difficile à décanter, mais que je m’efforcerai de résumer ici, en candide de la vie politique… Tout d’abord, il m’a été permis de distinguer trois stéréotypes de militants, encore que, réalité faisant loi, aucun ne se rattache évidemment complètement à ceux-ci :

  • L’ambitieux : en quête de mandats électifs, fin connaisseur des rouages de la politique et spécialiste de l’analyse tactique, son attention est focalisée sur les scrutins, et les parts du marché des votants qu’il peut obtenir en fonction de ses positionnements. Il cherche à attirer vers lui les compétences capables d’étendre utilement son réseau, et se gardera bien de formuler des idées risquant de mettre à mal sa cote de popularité auprès de ses appuis.
  • Le vétéran : présent depuis des années, parfois même élu ou ancien élu, il continue à consacrer beaucoup de temps à son activité militante. Malgré son dévouement et sa sincérité, il donne l’impression que son ressort est cassé, et que l’habitude a depuis longtemps, chez lui, pris le pas sur l’enthousiasme.

  • Le candide : arrivant de fraiche date, il s’imaginait trouver un espace de réflexion, un laboratoire d’idées et d’action. En découvrant la réalité de réunion essentiellement axées sur la préparation d’échéances électorales, il est probable qu’il se moule dans une des catégories ci-dessus, s’il ne s’en va pas tout simplement.

Pour être honnête, je me suis assez vite situé dans la catégorie « candide déçu qui s’en va », même si je n’en suis pas particulièrement fier.

Mais force est de reconnaître que je m’attendais à avoir l’occasion de rêver, de m’exalter un peu plus. Et en fait d’exaltation dans la préparation d’un hypothétique Grand Soir, je n’ai vu que cuisine électorale assez mesquine…

 

« Rêvons, c’est l’heure  » ( Verlaine , merci aux Éditions du Hanneton…)

 

Pourquoi donc avoir oublié que le rêve est un des moteurs principaux de l’être humain ?

Certains politiciens de talent (et je parle ici du strict talent à susciter l’adhésion des foules, pas d’une quelconque compétence dans l’exercice du pouvoir!) l’ont très bien compris, tels François Mitterrand et son « Changement », Nicolas Sarkozy et sa « Rupture », Barrack Obama et son « Yes, We can ! ».

Que la réalité se soit très vite rappelée à ceux qui avaient trop vite placé leur confiance en ces personnages ne change rien au fait que ceux-ci avait compris l’importance du rêve, même factice.

Alors pourquoi ceux qui aspirent à nous gouverner plus justement semblent-t’ils incapables de proposer autre chose que des prises de positions timides, ou des provocations destinées seulement à servir leur ambitions personnelles ?

Pourquoi sont-ils incapables de dénoncer clairement l’impasse mortelle que représente, à l’échéance probable de quelques années le néo-libéralisme ?

Pourquoi n’osent-ils pas franchement propose d’abroger les lois liberticides ?

Pourquoi n’ont rien de mieux à proposer que « continuer comme avant, avec un peu plus de justice sociale, et un peu plus d’égard pour l’environnement » … Mais attention, sans perdre de vue l’objectif de ne pas tuer la reprise économique ! Là j’arrête, j’ai la nausée et des envies de scalp !

Et en 2012, nous allons nous retrouver à devoir choisir entre la fille à papa crypto-fasciste, le gnome (par la hauteur de sa pensée, pas par sa taille…) hyperactif des Hauts de Seine, le meilleur ami du CAC40 encarté au PS, et quelques outsiders en quête de maroquin, vite oubliés un fois passé le premier tour.

Pourtant les rêves existent, il y en a chez des économistes et des chanteurs, chez des anthropologues et des photographes, chez des philosophes et des bateleurs, chez des biologistes et des poètes, il y en a toujours en chacun de nous…

Dès lors, faut-il laisser les politiciens nous en priver, pendant que les marchands nous vendent du rêve artificiel et calibré ?

Est-ce que les vrais rêves ne seraient pas dangereux pour les pouvoirs en place ? A quel moment l’envie de rêve et d’espoir engendre-t-elle la colère ?

J’ai commencé à écrire ces vœux alors que le pouvoir de Ben Ali semblait solidement en place en Tunisie, et que Moubarak, venait, à coups d’élections truquées, de voir confirmé encore une fois le sien en Égypte.

Alors merci aux Tunisiens et aux Égyptiens, qui nous redonnent foi en la capacité des peuples à prendre leur destin en main !

Alors pour 2011, je nous souhaite, à tout âge, pour nous-mêmes, et pour ceux qui nous suivent, de ne pas oublier de rêver un monde libre, juste, fraternel et durable, et de ne pas oublier de lutter pour le réaliser !