Vœux 2011 d’un vieil apache, Épisode 5 – Rêve

1 02 2011

Génération quadra…

Je fais partie de la génération dont l’élite arrive aux affaires, avec sérieux, réalisme, début de presbytie physique, et grave myopie intellectuelle.

Une génération grandie dans les effluves de mai 68 et du mouvement hippie, dans les rêves naïfs du Flower Power et dans l’optimisme de ces Trentes Glorieuses dont nous ignorions vivre le crépuscule.

Puis, de crise du pétrole en avènement du libéralisme sous Reagan et Thatcher, du triomphe préfabriqué du disco à la rebellion nihiliste du punk, au lieu de paix et d’amour, nous avons rêvé de 103 SP et de chaîne Hi-Fi. Et au gré d’un printemps 1981 aux espoirs si vite déçus, nous sommes devenus la « Bof Génération », celle qui, passé un temps toléré de révolte adolescente, étudiait consciencieusement, pour se préserver de ce chômage qui anéantit si brillamment les conquêtes ouvrières des décennies précédentes.

Arrivés dans le monde du travail un peu avant l’apparition d’Internet, nous avons subi sans vraiment le comprendre l’implantation de l’idéologie néolibérale dans nos têtes et dans nos vies.

Nous avons vécu la chute du Mur de Berlin comme un grand moment de libération, sans saisir que nous assistions à l’avènement d’un monde unilatéral, au triomphe de la pensée unique, du mythe de la fin de l’histoire et de l’illusion de la croissance infinie.

Nous avons pris à son départ le train d’Internet, qui nous a permis d’arrondir nos fins de mois jouant les traders aux petits pieds, pour rembourser nos crédits, crédit-voiture, crédit-logement, crédit à la consommation, crédit pour rembourser nos crédits… Nous ne bronchions pas quand on nous disait qu’il n’y avait pas d’autre solution, que l’état état était un mal, que l’entreprise, la concurrence libre et non faussée, et la dérégulation étaient le bien.

Il y a bien eu quelques krachs boursiers, quelques catastrophes environnementales, un peu de désindustrialisation (pas grave, l’avenir des pays développés est dans le secteur tertiaire…), un peu de dérégulation, un peu plus de travail pour de moins en moins de travailleurs, un peu plus d’endettement (« l’endettement est une preuve de confiance dans l’économie » – N. Sarkozy).

Mais nous restions bien au chaud, dans les bulles de nos milieux respectifs, obnubilés par la gestion d’un quotidien de plus en plus complexe et rapide, inquiets de la menace terroriste et de ces hordes d’étrangers incapables de se fondre dans notre culture millénaire.

Des voix, loin des grands médias, tentaient bien de réveiller les confiance, mais elles ne trouvaient guère d’échos que dans une jeunesse boutonneuse ou chez des vieux babas cools en pré-retraite, mais nous sommes une génération trop sérieuse, moderne et occupée pour avoir le temps de prêter l’oreille à ces sornettes d’un autre siècle.

Le coup de tonnerre de 2008 a bien suscité espoirs et craintes, mais les manigances de la finance et les lois liberticides ont mis un éteignoir provisoire au mécontentement des peuples.

Et nous avons laissé faire cela… Nous y avons même participé inconsciemment.

 

Et maintenant ?

Nous, qui sommes la génération sans rêves, avons-nous engendré la génération sans espoir ?

Pour parler au singulier, je clamais, adolescent crypto-punk de la génération Mitterrand, qu’il ne fallait pas avoir d’enfant, pour ne pas leur offrir un avenir pourri.

En 2011, l’amour et l’instinct de reproduction ayant pris le pas sur les convictions nihilistes de l’adolescence, me voilà père de famille et heureux de l’être… Sauf que… Quel avenir ai-je contribué à leur préparer ?

Face aux incertitudes de l’avenir, nous semblons n’avoir plus de rêve, plus de vision exaltante à apporter.

De mon adolescence, je garde la nostalgie des fêtes du PS où mes parents m’emmenait dans les années d’avant mai 81. Nous croyions alors dur comme fer au « changement » (pour les jeunes lecteurs-rices, le changement était à Mitterrand ce que la rupture fut à Sarkozy…). Nous avions l’espérance d’un socialisme à la française qui concilierait le meilleur des deux blocs d’alors.

Évidemment, une fois passé quelques mois « d’état de grâce », la réalité de la rigueur et du libéralisme économique ont commencé à s’imposer…

Et nos enfants, qui n’ont même pas connu ces périodes d’enthousiasme collectif, que leur avons nous donné à la place ? Le consumérisme, la télé-réalité, World of Warcraft et les Sims, la techno et l’ecstasy, l’alcool et le haschich, le suicide et les antidépresseurs, le Front National et les intégrismes religieux, un futur de trader, de manager, ou de loser…

Paralysés par la théorie de la « fin de l’histoire », le discours du « seul choix possible », avons-nous le droit de ne leur laisser, pour seule perspective, que des paradis artificiels dont la médiocrité mercantile aurait certainement désespéré même Baudelaire ?

Pour revenir au singulier, j’ai cherché un peu de rêve, un peu d’utopie, un zeste d’enthousiasme entrainant dans la politique. J’ai rencontré quelques élus et militants de gauche, assisté à des réunions, consacré un peu de mon temps et de mes compétences à la réalisation d’un site web…

Et j’ai surtout été passablement déçu ! J’ai certes fait la connaissance de gens charmants, et certainement sincères dans leurs convictions, mais aussi ressenti l’impression diffuse que ça ne marchait tout simplement pas… Impression à vrai dire longue et difficile à décanter, mais que je m’efforcerai de résumer ici, en candide de la vie politique… Tout d’abord, il m’a été permis de distinguer trois stéréotypes de militants, encore que, réalité faisant loi, aucun ne se rattache évidemment complètement à ceux-ci :

  • L’ambitieux : en quête de mandats électifs, fin connaisseur des rouages de la politique et spécialiste de l’analyse tactique, son attention est focalisée sur les scrutins, et les parts du marché des votants qu’il peut obtenir en fonction de ses positionnements. Il cherche à attirer vers lui les compétences capables d’étendre utilement son réseau, et se gardera bien de formuler des idées risquant de mettre à mal sa cote de popularité auprès de ses appuis.
  • Le vétéran : présent depuis des années, parfois même élu ou ancien élu, il continue à consacrer beaucoup de temps à son activité militante. Malgré son dévouement et sa sincérité, il donne l’impression que son ressort est cassé, et que l’habitude a depuis longtemps, chez lui, pris le pas sur l’enthousiasme.

  • Le candide : arrivant de fraiche date, il s’imaginait trouver un espace de réflexion, un laboratoire d’idées et d’action. En découvrant la réalité de réunion essentiellement axées sur la préparation d’échéances électorales, il est probable qu’il se moule dans une des catégories ci-dessus, s’il ne s’en va pas tout simplement.

Pour être honnête, je me suis assez vite situé dans la catégorie « candide déçu qui s’en va », même si je n’en suis pas particulièrement fier.

Mais force est de reconnaître que je m’attendais à avoir l’occasion de rêver, de m’exalter un peu plus. Et en fait d’exaltation dans la préparation d’un hypothétique Grand Soir, je n’ai vu que cuisine électorale assez mesquine…

 

« Rêvons, c’est l’heure  » ( Verlaine , merci aux Éditions du Hanneton…)

 

Pourquoi donc avoir oublié que le rêve est un des moteurs principaux de l’être humain ?

Certains politiciens de talent (et je parle ici du strict talent à susciter l’adhésion des foules, pas d’une quelconque compétence dans l’exercice du pouvoir!) l’ont très bien compris, tels François Mitterrand et son « Changement », Nicolas Sarkozy et sa « Rupture », Barrack Obama et son « Yes, We can ! ».

Que la réalité se soit très vite rappelée à ceux qui avaient trop vite placé leur confiance en ces personnages ne change rien au fait que ceux-ci avait compris l’importance du rêve, même factice.

Alors pourquoi ceux qui aspirent à nous gouverner plus justement semblent-t’ils incapables de proposer autre chose que des prises de positions timides, ou des provocations destinées seulement à servir leur ambitions personnelles ?

Pourquoi sont-ils incapables de dénoncer clairement l’impasse mortelle que représente, à l’échéance probable de quelques années le néo-libéralisme ?

Pourquoi n’osent-ils pas franchement propose d’abroger les lois liberticides ?

Pourquoi n’ont rien de mieux à proposer que « continuer comme avant, avec un peu plus de justice sociale, et un peu plus d’égard pour l’environnement » … Mais attention, sans perdre de vue l’objectif de ne pas tuer la reprise économique ! Là j’arrête, j’ai la nausée et des envies de scalp !

Et en 2012, nous allons nous retrouver à devoir choisir entre la fille à papa crypto-fasciste, le gnome (par la hauteur de sa pensée, pas par sa taille…) hyperactif des Hauts de Seine, le meilleur ami du CAC40 encarté au PS, et quelques outsiders en quête de maroquin, vite oubliés un fois passé le premier tour.

Pourtant les rêves existent, il y en a chez des économistes et des chanteurs, chez des anthropologues et des photographes, chez des philosophes et des bateleurs, chez des biologistes et des poètes, il y en a toujours en chacun de nous…

Dès lors, faut-il laisser les politiciens nous en priver, pendant que les marchands nous vendent du rêve artificiel et calibré ?

Est-ce que les vrais rêves ne seraient pas dangereux pour les pouvoirs en place ? A quel moment l’envie de rêve et d’espoir engendre-t-elle la colère ?

J’ai commencé à écrire ces vœux alors que le pouvoir de Ben Ali semblait solidement en place en Tunisie, et que Moubarak, venait, à coups d’élections truquées, de voir confirmé encore une fois le sien en Égypte.

Alors merci aux Tunisiens et aux Égyptiens, qui nous redonnent foi en la capacité des peuples à prendre leur destin en main !

Alors pour 2011, je nous souhaite, à tout âge, pour nous-mêmes, et pour ceux qui nous suivent, de ne pas oublier de rêver un monde libre, juste, fraternel et durable, et de ne pas oublier de lutter pour le réaliser !

 

 

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Vœux 2011 d’un vieil apache, Épisode 4 – Révolte – Complétée et augmentée

26 01 2011

Maintenant qu’on s’est bien indigné contre, pour résumer, les atteintes aux libertés et à l’environnement, le libéralisme économique, la défaillance des pouvoirs politiques, et les replis communautaires de toutes formes, QU’EST-CE QU’ON FAIT ?

  1. On se soumet ?

  2. On fuit ?

  3. On se révolte ?

Si vous avez répondu 2, ou pire, 1, alors je suis triste pour vous, mais je vous souhaite de ressentir

un jour l’envie de vivre debout.

Maintenant, examinons brièvement, en fonction de la situation politique de différents pays, les possibilités et risques de révolte qui s’offrent à ceux qui choisissent de ne pas plier l’échine.

Pour cela je vous propose une petite échelle inspirée de la DEFCON (Defense Condition) des militaires US, voici donc l’échelle REVCON. Et j’entends déjà les mauvaises langues parler de Rêves à la C…

  • REVCON 1 : Dictature totale et sanguinaire (Allemagne nazie, URSS stalinienne, Corée du Nord, 1984 de George Orwell…). Contrôle absolu par l’état de toutes les institutions, de l’économie, et des medias, délation encouragée et généralisée. Possibilités de révolte très limitées et très risquées. Aucun espoir, sauf un effondrement des institutions ou une guerre.

  • REVCON 2 : Dictature très dure (Chine, Pacte de Varsovie après Staline, Chili de Pinochet). Contrôle très fort de l’état sur toutes les institutions, et les médias. Le secteur économique peut être étatisé ou complètement privé, mais toujours en phase avec le gouvernement. Possibilités de révolte limitées et risquées. Possibilités limitées de communication libre, en contournant la censure, dissidence limitée possible mais dangereuse. Aucun espoir sans soutien extérieur, sauf un effondrement des institutions.

  • REVCON 3 : Dictature à façade démocratique (Russie, Égypte, Syrie, Iran, Tunisie de Ben Ali…). Les institutions imitent celle d’une démocratie, mais l’alternance politique n’est pas une option. Les pouvoirs sont à peine plus indépendants qu’en REVCON 2, et l’économie est aux mains de la clique gouvernante, souvent avec le soutien des institutions internationales. Seuls quelques espaces de liberté survivent, l’opposition est bridée dans le niveau de critique du pouvoir en place, et l’accès aux moyens de communication. Les opposants les plus virulents disparaissent ou sont victimes d’accidents… Les mouvements populaires sont violemment réprimés.. Peu d’espoir sans soutien extérieur, mais les gouvernements des ces pays-là sont parfois des colosses aux pieds d’argile.

  • REVCON 4 : Démocratie réelle (pays d’Europe occidentale, USA,… ). Tous prétendent être au niveau REVCON 5, mais la réalité est plus nuancée : tentative de prise en main du législatif et du judiciaire par l’exécutif, collusions entre pouvoirs économiques, médiatiques et politiques, limitation progressive et insidieuse des libertés au nom de la lutte contre le terrorisme. Malgré tout, les oppositions disposent encore de moyens (médias, partis, ONG) pour jouer les contre-pouvoir. L’alternance politique est possible, mais qu’une différence notable soit ressentie par les citoyens. Situation instable, appelée à évoluer en fonction du niveau de consentement des citoyens. Il est encore temps d’envisager des révoltes constructives et non violentes, ne pas laisser passer la chance !

  • REVCON 5 : Démocratie vraie (Aucun exemple ?). Séparation réelle des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, indépendance garantie de médias, liberté d’opinion et de culte. Aucune influence des pouvoirs économiques dans la sphère politique. Système de protection sociale et de Révolte inutile, mais vigilance obligatoire. On peut en rêver…

 

A noter que cette échelle ne prend en compte que les pouvoirs politiques, mais on pourrait aussi l’utiliser pour évaluer le climat à l’intérieur des entreprises ou des administrations. Ainsi, on pourrait raisonnablement situer la plupart des entreprises moyennes à grandes au niveau REVCON 3, même si la violence physique y est devenue très rare. En contrepartie, la violence psychologique y est très fréquente.

 

Maintenant, si vous lisez cet article, c’est que vous êtes francophone et avez accès à Internet, donc assez probablement habitant d’un pays occidental.

Donc, pourquoi et comment se révolter dans un pays occidental et, toutes proportions gardées, relativement démocratique ?

Répondre au pourquoi est finalement relativement aisé, et on se reportera au chapitre « indignation » des présents vœux.

 

Le comment peut être multiforme, mais comporte au moins une étape préalable, à savoir la révolte intérieure, celle qui consiste à réveiller sa conscience endormie par les médias officiels, et par l’idéologie individualiste et consumériste dominante :

  • Boycotter la télévision ou, pour un sevrage progressif, au moins les chaines commerciales et les prime times racoleurs des autres. Pour paraphraser un grand ponte de la petite lucarne abrutissante, vous y récupérerez du temps de cerveau disponible.

  • S’éduquer au scepticisme.
    Je conseille au passage la lecture de l’excellent « Petit cours d’autodéfense intellectuelle » de Normand Baillargeon – ISBN : 2-895960-44-5 – dont la version initiale (bien moins complète que le livre) est librement téléchargeable ici.
    La pratique du scepticisme, loin d’être une incitation à la paranoïa et à la misanthropie, est au contraire un excellent moyen de décrypter les tentatives de manipulation dont nous sommes quotidiennement les objets plus ou moins consentants.

  • Lire pour s’informer, en multipliant les sources et les influences.

  • Assumer le fait de ne pas se sentir obligé de hurler avec les loups, autrement dit se sentir capable de défendre une position minoritaire, si elle vous semble logiquement défendable.

  • Remettre en question ses propres convictions : on hérite souvent des opinions de ses parents, ou, souvent au moment de l’adolescence, on va au contraire les rejeter dans un élan de révolte d’origine essentiellement hormonale. Et si on cherchait plutôt à penser avec les points de vue qui ne sont pas les nôtres, à s’entrainer à voir le monde avec d’autres yeux. Une seule approche pouvant servir à s’ouvrir aux autres en les comprenant, ou au contraire à anticiper les actions de ceux que l’on considère comme ses ennemis. Question de circonstances…

  • S’exercer à démonter le consensus mou et fataliste de la pensée unique. Un petit tour du côté de la pensée de Noam Chomsky, entre autres est dans ce cas des plus salutaires.

 

Et une fois que vous voilà redevenu un Esprit Libre, il est temps passer à la phase active de la révolte, tout en gardant à l’esprit que nous sommes toujours en REVCON 2 (ou 2+ …), ce qui implique le rejet de toute forme de violence ou d’action immorale. J’établirai à ce propos un distinction entre le légal et l’immoral. En effet, quand un état promulgue des lois scélérates, alors la morale peut être du côté de l’illégalité. A titre d’exemple, il me vient immédiatement à l’esprit celui des associations de soutien aux sans-papiers, des faucheurs d’OGM, des simples voyageurs prenant fait et cause pour un expulsé, et s’opposant à leurs risques et périls à la brutalité policière…

Mais ces limites laissent encore un champ d’action vaste et menacé, donc il est grand temps :

  • De s’engager, dans les partis politiques, associations, syndicats, ONG…
  • De voter, car même si l’image que donne les partis politiques est souvent consternante
  • De s’exprimer, par la parole, l’image, l’écrit, l’art…
  • De redécouvrir le goût du collectif, dans ce qu’il a d’ouvert, d’enrichissant et d’indispensable à l’humain, aussi loin de l’image des hordes fanatisées (de supporters, de militants FN, de supporters militants FN…) que de celle de l’homo economicus, pauvre créature individualiste et isolée dans sa quête impossible du bonheur par la consommation et l’endettement, imaginée par les penseurs néo-libéraux.
  • De rêver un avenir plus riant que celui qu’on nous concocte dans le secret des conseils d’administration et des ministères.
  • D’apprendre à devenir les héros de nos propres vies.

Si nous laissons passer l’occasion, si nous acceptons sans rechigner que les Droits de l’Homme soient bafoués au nom de la sécurité et de l’efficacité économique, alors la démocratie aura terminé sa mutation en oligarchie politico-économique, et la révolte sera bien plus compliquée :

  • Il faudrait ré-apprendre des anciens les méthodes de la Résistance.
  • Il faudrait maîtriser les possibilités et les vulnérabilités offertes par la technologie.
  • Il y aurait des martyrs.
  • Faut-il être romantique ou stupide, pour attendre ce niveau de gravité avant d’envisager de seulement commencer à se révolter ?

Alors pour 2011, je nous souhaite à tous une révolte pacifique, collective, créative, généreuse, pour envoyer la pensée unique et sécuritaire aux oubliettes de l’histoire !

Et si on osait REVER maintenant ?





Vœux 2011 d’un vieil apache, Épisode 4bis – Révolte – Tunisie

15 01 2011

Alors que l’épisode 4 des présents vœux est encore en cours d’écriture, les tunisiens viennent de fournir un magnifique exemple de révolte non violente, face à un gouvernement qui n’a pas hésité à faire tirer sur les manifestants.

BRAVO LES TUNISIENS !

A vous maintenant de construire une vraie transition démocratique, chemin peut-être étroit entre les potentats toujours en place de l’équipe Ben Ali, et des islamistes toujours prompts à récupérer la souffrance des peuples.

 





Vœux 2011 d’un vieil apache, Épisode 3 – Indignation

12 01 2011

En cherchant bien, nous pouvons tous trouver, dans notre quotidien, des motifs réels et sincères d’indignation. Ainsi, donnons d’abord la parole à trois charmants jeunes gens, j’ai nommé Charles-Anselme, Vanessa, et Gronaz, alias le Fléau des Empires Barbares du Nord, alias Paul pour l’état-civil :

Charles-Anselme : « Personnellement, ce qui m’irrite au plus au point, ce sont ces lois, ces règlements, ces conventions, qui brident la créativité de l’élite de ce pays, et puis tous ces impôts sucent l’énergie de ses véritables forces vives !

Entre nous, avec Papa, nous ne manquons pas d’imagination pour ne pas trop souffrir de ces fléaux. Comme nous formons une équipe tout à fait dynamique et imaginative, nous avons eu l’idée de faire fabriquer nos produits par des orphelins de moins de 10 ans. Jusqu’à cet âge-là, ils ont une bonne vue et des petits doigts, c’est très pratique pour les travaux de précisions… et bien moins cher que des robots. Ne me regardez pas comme ça, on a fait ça en Chine évidemment… Ici, on appelle ça du servage, mais là-bas, c’est du dynamisme économique. Et puis comme à Paris, Maman faisait de l’eczéma, et moi de l’asthme, nous avons choisi de nous installer dans le canton de Zug, où l’air et la fiscalité son tellement plus sains ! J’ajouterai … »

=> MERCI Charles-Anselme ! Tes indignations méritent effectivement toute notre attention. Et comme je suis d’humeur pacifique, je n’accrocherai pas ton scalp à ma selle. D’autant que s’il fallait se conformer à la mode de ton pays d’origine, il apparaitrait plus judicieux de planter ta tête au bout d’une pique… Quoi qu’il en soit, je te conseillerai tout de même de porter un regard plus curieux et objectif sur ces hilotes qui constituent tout de même, 95 % de la population mondiale. Peut-être, alors, sera-t’il temps d’entamer un dialogue plus constructif.

 

Vanessa : « Alors moi, je suis trop trop dègue, parce que dans Secret Koala, Cindy elle a fait croire à ce con de Kevin que s’il arrivait à bouffer en lousdé la fricassée d’antennes de cafard de Yasmina, elle lui dirait tout, et alors pendant ce temps, ils ont même pas vu que Jonathan se tapait le phacochère, et puis… »

=> BREAK Vanessa ! Il y a effectivement de quoi être indigné, au moins contre tes parents, qui ont laissé la télé te sucer la cervelle, puis la remplacer par du concentré d’étron médiatique. Vanessa, ma jolie, laisse-moi t’offrir ce superbe modèle de télécommande. Ça s’appelle un tomahawk, et ça permet d’éteindre très facilement toutes ces merveilles technologiques qui t’entourent. On peut tout juste lui reprocher une efficacité assez limitée sur ces machins en papier, avec les mêmes caractères que sur ton i-Phone, l’écran tactile en moins… Tu en as entendu parler ? On appelle ça des livres…

 

Gronaz etc… alias Paul : « ‘Tain chuis trop trop vénere! Y ces trolls de coréens qui nous ont niqué la quête des reliques du seigneur-démon de Taaarh Tangl Alha Rekre. Une semaine de prépa, et mes renpas qui rentre après demain, alors que le respawn rate est de trois jours ! J’y crois pas !!!

=> CTRL-ALT-SUPPR Paul ! …Pardon, Gronaz !!! Ah , là tu réponds…Je sais que l’hygiène n’est pas forcément le point fort des héros de Waste-of-Time-Craft, mais il me semble que, soit tu collectionnes les coyotes morts, soit tu n’as pas pris de douche ni vu le monde extérieur depuis que tes parents t’ont laissé la maison, la connexion, et un plein congélo de pizzas surgelées. Ceci dit, je t’aime bien, alors rien que pour toi, je vais quand même révéler cheat de la mort, celui qui te permettra de leveller à donf en moins de temps qu’il n’en faut pour dire clic… C’est tout simple, tu fais « Alt-F4 », puis « Exécuter » (ou ce qui en tient lieu sur ta version de Microdaube Fenêtres ®), puis tu tapes « cmd », puis « Format C : », et tu réponds OK à toutes les questions…. Attends, il y a aussi des étapes manuelles à la procédure : D’abord tu te douches, ensuite tu nourris le matou efflanqué qui campe devant ta porte, et enfin tu invites ta voisine, cette petite Chloé que tu ne connais que par FesseDeBouc, à faire un tour sur ton scooter. Pour le ménage dans ta chambre, disons que ça pourra attendre un peu… Exécution !

 

Bien, nous ne nous attarderont pas plus longtemps sur les motifs d’indignation de ces trois sympathiques représentants de notre jeunesse…

 

Mais alors, y aurait-il des motifs d’indignation plus légitimes que d’autres ?

Vous avez peut-être entendu de l’opuscule de Stéphane Hessel intitulé « Indignez-vous ! » ?

Sinon, il est temps d’éteindre votre télé, et de commencer à vous informer vraiment…

Pour être honnête, c’est même ce petit bouquin d’un vieux résistant qui a inspiré les présents vœux au vieil indien…

 

Bon, vous commencez sans doute à voir où je veux en venir…

 

Je vais vous en donner, moi, des raisons de vous indigner :

  • Appréciez-vous le fait que la finance, dont le rôle se bornait à l’origine à huiler les rouages de l’économie, se soit muée en une gigantesque machine d’appropriation des richesses mondiales, au seul profit de ceux qui, précisément, en ont le moins besoin ?
  • Vous réjouissez-vous des conséquences de cette goinfrerie illimitée, à savoir :

    • Consumérisme effréné

    • Quasi-banqueroute des états, qui ont vidé leurs caisses pour sauver des établissements financiers. Lesquels leur ont ensuite re-prêté cet argent, avec intérêt. Et ne me dites pas que vous ne voyez pas qui paie ces intérêts ?
    • Injustice fiscale, qui voit les taux d’imposition des contribuables et entreprises les plus riches atteindre des niveaux inférieurs à ceux des classes moyennes, grâce à des mécanismes (le plus souvent légaux) d’optimisation fiscale. Le tout représentant évidemment un manque à gagner, répercuté sur les fonctions redistributives de l’état.
    • Asservissement des gouvernements au diktat des marchés financiers et des grandes entreprises.

    • Politiques de rigueur, accroissant encore les inégalités, « pour rassurer les marchés ».
    • Privatisation rampante et dégradation des services publics.

    • Destruction de l’environnement, justifiée par la seule recherche du profit à court terme.
    • Atteintes aux libertés des citoyens, officiellement au nom de la sécurité, mais en réalité pour limiter les possibilités de contestation, au moment où la tension sociale a tendance à croitre fortement.

 

  • Voyez-vous ces tendances au repli nationaliste, religieux, communautaire, et leur conséquences, avérées ou potentielles, d’un bon œil ?

    • Intolérance

    • Conflits

    • Exclusion

    • J’ajouterai émiettement de la contestation vers des causes illusoires, mais c’est personnel…

 

  • Savourez-vous l’attitude des formations politiques « de gouvernement » des grands pays démocratiques :

    • Soumission aux lobbies économiques

    • Vision limitée aux échéances électorales

    • Exacerbation des ambitions individuelles.

    • On gardera tout de même en mémoire la citation de Churchill : « La démocratie est le plus mauvais système de gouvernement, à l’exception de tous les autres qui ont pu être expérimentés dans l’histoire. ». Comme ce vieux bouledogue a encore raison, n’oubliez pas que la démocratie représente un rêve inaccessible dans bien des pays…

Voilà une liste déjà trop longue, et pourtant loin d’être exhaustive…

Alors, pour 2011, je vous souhaite de lever le nez du guidon, de regarder autour de vous, d’essayer de comprendre le monde tel qu’il est, et pas tel qu’on voudrait vous le montrer, et de vous INDIGNER au nom de la LIBERTE, de l’EGALITE et de la FRATERNITE !

PS : Je sais, vous avez probablement tellement vu ces trois mots sur les pièces de monnaie, les frontons d’édifice publics, les documents officiels… que vous en avez oublié qu’un jour, ils ont eu un sens.

Et une fois que l’indignation a atteint un niveau suffisant, arrive l’heure de la Révolte !





Vœux 2011 d’un vieil apache, Épisode 1

6 01 2011

Les séries sont à la mode, et comme on est le 6 janvier, c’est aussi le temps des vœux et des bonnes résolutions, donc je nous souhaite à tous :

  • Les « Santé, Bonheur, Réussite, etc…», à moins de vivre sur une île déserte, nous les avons tous probablement déjà reçus en nombre.
  • Encore plus impersonnels, les « Bonne Année », « Meilleurs Vœux », « Plein de bonnes choses », que l’on s’échangera de préférence entre simples collègues et vagues connaissances.
  • Mais foin de banalités convenues, je vous souhaite pour 2011 et ses suivantes :

A Suivre (ça, c’est pour le côté série)…